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Crise du Coronavirus

La volatilité en bourse ou l’art du timing

 

Chers lecteurs,

 

Les marchés m’inspirent deux choses à l’heure actuelle :

 

  • La volatilité en bourse peut nous piéger : acheter au bon moment n’a jamais été aussi important ;

 

  • Il faut être patient : cette crise est profonde, elle mettra du temps pour se résorber.

 

Parlons de cette volatilité justement. La volatilité en bourse, c’est l’agitation, c’est la nervosité, ce sont ces montagnes russes que vous voyez défiler sur vos graphiques. En ce moment, il est difficile de suivre le marché sans se faire prendre à contre-pied. Sur le CAC 40, on perd 500 points en une journée, on en reprend 300 le lendemain pour enfin les reperdre le surlendemain. C’est pourquoi je recommande fortement de rester à l’écart pour le moment. Même si les affaires semblent belles et prometteuses.

Perdre 300 points, en regagner 200, c’est la première conséquence observable de l’émotion commune des grandes crises boursières : la peur des investisseurs.

Mêler les émotions et les mathématiques, c’est possible

 

Sur les marchés financiers, la peur se mesure au travers d’un indice un peu particulier. C’est le VIX. On l’appelle à juste titre l’indice de la peur. Je l’utilise dans le cadre de ma stratégie. Il ne m’aide pas à savoir quelles actions acheter. En revanche, il m’aide à définir le meilleur moment pour entrer sur le marché. Et en ce moment, ça peut être utile…

 

L’indice VIX, c’est finalement la mesure moderne d’une émotion. Il transforme quelque chose d’abstrait en un nombre à partir de la volatilité d’un certain type de produit financier : les options [1].

Dans la nature, on pourrait faire l’analogie avec un séisme. La peur sur les marchés financiers, c’est le tremblement de la terre. Elle fait trembler les investisseurs qui deviennent nerveux. La volatilité (forte variation des cours) qui s’observe sur les options seraient les hachures du sismomètre qui enregistre la secousse. Le VIX serait l’échelle de Richter.

 

Pour un séisme : plus la terre tremble, plus les mouvements du sol sont grands, plus les hachures sont importantes et plus le séisme est haut sur l’échelle de Richter.

 

Pour les marchés, plus la peur est grande, plus les options sont volatiles, plus le VIX est haut.

 

Le VIX a justement atteint une valeur quasi record de 85 au cours de la deuxième semaine de Mars. Comme un séisme que nous n’avons jamais connu. Un séisme de 10 sur l’échelle de Richter. Cette valeur, qu’on peut presque considérer au regard de l’histoire comme une valeur “plafond”, nous indique que le pic de peur est probablement passé. La question que l’on peut maintenant se poser est la suivante : que se passe t’il, notamment sur le CAC 40, après un pic de peur ? Comparaison n’est pas raison bien entendu, mais en finance comportementale comme en psychologie, certains schémas émotionnels se reproduisent (malgré nous). Puisqu’ils sont justement par nature irrationnels.

 

Alors que se passe t’il après un pic de peur ?

 

J’ai mené une comparaison empirique en prenant les deux derniers pics (2003 et 2009) qui ont eu lieu à la veille d’une période de récession économique. Ceci pour coller au maximum avec notre actualité, puisque la récession qui nous guette est chose quasiment actée désormais.

 

La première chose qu’on peut observer, c’est qu’après le choc, la peur ne retombe pas d’un coup sec, mais progressivement. Que ce soit en 2003 ou en 2009, lorsque la panique est passée et que le marché a rebondi définitivement suite à son point bas, la volatilité n’est pas retombée immédiatement. En réalité, la volatilité (qui était jusque là une volatilité à la baisse) est devenue une volatilité à la hausse. Ce résidu de peur conduit à “porter” le rebond est à le rendre puissant. C’est bien sûr ce que tous les investisseurs cherchent à jouer tant elle offre un potentiel de hausse qu’il est impossible de retrouver lors de n’importe quelle autre période plus calme. C’est à ce moment là qu’il faut entrer sur le marché.

 

Sur les deux graphiques qui vont suivre, la courbe violette représente le niveau du CAC 40 et la courbe bleue celui du VIX. Le rebond du CAC 40 a à chaque fois été très puissant et porté par cette peur “résiduelle”.

 

 

Cette observation ne nous apporte aucun élément de timing malheureusement. Voici donc la deuxième observation.

 

La panique n’est pas un point bas

 

La deuxième observation beaucoup plus utile pour nous, c’est que, dans ces deux exemples toujours, le point bas du marché n’a jamais été touché pendant la panique, mais après. En effet, le point haut du VIX et le rebond du marché sont décalés dans le temps. On peut même voir que ce décalage a atteint 4 à 6 mois. Sur les graphiques ci-dessous, la courbe violette représente toujours le niveau du CAC 40 et la courbe bleue celui du VIX. On distingue bien le décalage entre les sommets de la peur et le point bas de l’indice.

 

 

Où en est-on aujourd’hui, le 13 avril ? On peut voir que pic de volatilité vient à peine de passer.

 

 

Sans chercher à faire de plans sur la comète, la dynamique comportementale lors des précédentes crises m’inspire que le rebond actuel est juste technique. Une deuxième vague de baisse, probablement moins violente, pourrait nous emmener vers un nouveau point bas. Peut-être cette vague aura t’elle lieu lorsque le marché lâchera des yeux la courbe épidémique pour regarder l’économie. Mais sur quelle économie posera t’il les yeux ? Sera t’elle à peine égratignée ? Abîmée ? Dévastée ?

Notre grande inconnue est toujours là. Les efforts déployés par les banques centrales et les états sont si importants et inédits qu’il est impossible de connaître leur impact réel sur l’économie. Et cet impact est justement primordial pour avoir une idée quant à la suite de nos évènements économiques futurs, et donc in fine quant à l’évolution du CAC 40. Se battent sur cette question les traditionnels pessimistes et optimistes, qui ont oublié que le marché aura de toutes façons le dernier mot, et surtout qu’il aime contredire. La réponse se trouvera sans doute comme souvent entre les deux.

Prenez soin de vous,

Clément Bourdy

 

[1] Volatilité : le VIX, c’est chic ?, Zonebourse, juillet 2018, consulté en mars 2020, disponible sur : https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Volatilite-le-VIX-c-est-chic—26933188/?iCStream=1

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